L’usage détourné du protoxyde d’azote, plus connu sous le nom de “gaz hilarant”, connaît une augmentation préoccupante depuis plusieurs années, en particulier chez les adolescents et les jeunes adultes. Pourtant, ses conséquences peuvent être graves. Éclairage avec Jacques Buxeraud, professeur des universités et rédacteur en chef de la revue Actualités pharmaceutiques.

Pourquoi le protoxyde d’azote est-il si dangereux lorsqu’il est utilisé comme stupéfiant ?
Le protoxyde d’azote est un gaz utilisé en anesthésie, en analgésie ou encore dans l’industrie alimentaire… Cependant, il est aujourd’hui détourné de ces usages pour ses effets psychoactifs.
Appelé “gaz hilarant”, en raison de la brève et intense euphorie qu’il provoque, il peut engendrer des effets indésirables sérieux : vertiges, étourdissements, désorientation, mauvaise oxygénation de l’organisme.
Ces risques sont fortement majorés lorsqu’il est associé à d’autres substances psychoactives comme l’alcool, les poppers, le cannabis ou des psychostimulants, avec un danger accru en cas de conduite automobile ! En cas de prises répétées ou à fortes doses, les complications peuvent être sévères : troubles de la marche et de l’équilibre, anxiété, dépression, troubles de la mémoire, atteintes cardiovasculaires, entre autres.
Certains effets sont-ils irréversibles ?
Les effets cessent après l’arrêt d’une consommation ponctuelle. Mais il en va tout autrement en cas de consommation répétée. Des effets à long terme s’installent alors et peuvent être à l’origine d’une dégradation irréversible des structures neurologiques, neuromusculaires, respiratoires et cardiaques. D’où l’importance cruciale de la prévention et de l’information du public sur ces risques majeurs pour la santé !
« Chez les consommateurs chroniques, une dépendance peut apparaître, entraînant une augmentation des doses. »
Peut-il y avoir une dépendance ?
Chez les consommateurs chroniques, une dépendance peut apparaître, entraînant une augmentation progressive des doses. Les dispositifs d’addictovigilance, chargés de surveiller et prévenir les risques liés aux substances psychoactives, ont clairement mis en évidence le potentiel addictif du protoxyde d’azote.
L’usage détourné du protoxyde d’azote est-il répandu ?
Oui. Entre 2020 et 2023, le nombre de signalements a été multiplié par 3 et le nombre de cas graves d’addictovigilance multiplié par 3,8. Fait inquiétant : en 2023, 10 % de ces signalements concernaient des mineurs et 59 % correspondaient à des usages répétés sur plus d’un an. D’après Santé publique France, en 2022, 14 % des 18-24 ans l’avaient déjà expérimenté et plus de 3 % déclaraient en avoir consommé dans l’année. Preuve que les effets à long terme sont redoutables, plus de 80 % des signalements recensent des troubles neurologiques !
Comment sensibiliser les jeunes consommateurs aux dangers ?
La prévention commence par l’information, en insistant sur le fait que le protoxyde d’azote n’a rien d’inoffensif et qu’il peut provoquer des séquelles irréversibles. Ce message doit être diffusé dans les collèges, les lycées et les universités.
Vient ensuite le repérage des jeunes consommateurs par les acteurs de santé : équipes médicales scolaires, médecins traitants, services d’urgence… Ces jeunes doivent être rapidement orientés vers des structures adaptées pour une prise en charge appropriée. En cas de séquelles, un suivi médical et psychologique est indispensable, parfois accompagné d’une hospitalisation.
« Le protoxyde d’azote n’a rien d’inoffensif et peut provoquer des séquelles irréversibles. »
Quel rôle pour les pouvoirs publics face à ce fléau ?
Plusieurs accidents de la route impliquant des conducteurs ayant inhalé du protoxyde d’azote ont été recensés ces dernières années.
Des mesures fermes et urgentes s’imposent pour renforcer la lutte contre la consommation de ce gaz par les jeunes.
Le 26 février 2026, le Sénat a ainsi adopté une proposition de loi visant à interdire la vente ou de cession de protoxyde d’azote aux particuliers, et à sensibiliser les élèves, dès l’école élémentaire, aux risques liés à des conduites addictives et aux usages détournés de produits de consommation courante pour en retenir des effets psychoactifs. Le texte doit désormais être examiné par l’Assemblée nationale.
Par ailleurs, l’exécutif européen envisage d’interdire la vente au grand public des bonbonnes de protoxyde d’azote à partir de février 2027. Enfin, des mesures locales ont également été mises en place : à titre d’exemple, le 20 janvier 2026, le préfet du Var a reconduit l’interdiction de détention, de transport et de consommation de protoxyde d’azote sous toutes ses formes (cartouches, ballons, bouteilles…) à des fins détournées, sur l’ensemble des voies et espaces publics du département.
On peut lire parfois que la vitamine B12 est un antidote au protoxyde d’azote. Qu’en est-il exactement ?
Nous savons que le protoxyde d’azote joue un rôle néfaste sur la vitamine B12. Irène Coman, neurologue, a précisé : « En bloquant irréversiblement la vitamine B12, le protoxyde d’azote bloque des réactions métaboliques, empiète ainsi sur la production d’ADN, d’énergie, de neurotransmetteurs et des gaines de myéline des fibres nerveuses, et favorise l’altération irréversible du système nerveux, l’anémie et les thromboses. »
À condition que l’intoxication soit arrêtée, le traitement par vitamine B12 aide à réparer les neurones souffrants (mais pas ceux déjà détruits), tandis que la rééducation intensive améliore en partie les fonctions altérées. Pour autant, se supplémenter en vitamine B12 n’est pas suffisant pour contrer les effets néfastes du protoxyde d’azote. Si on continue à consommer du protoxyde d’azote, la vitamine B12 sera systématiquement neutralisée et inefficace.
Qu’en est-il de l’utilisation du protoxyde d’azote chez la femme pendant la grossesse ?
Il est important d’alerter les femmes enceintes et en âge de procréer sur les risques graves pour l’enfant à naître d’une exposition au protoxyde d’azote pendant la grossesse. En 2023, ont été signalés, pour la première fois, deux nouveau-nés présentant des troubles neurologiques dans un contexte d’usage répété du protoxyde d’azote par la maman pendant la grossesse. Le 16 mars 2023, l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) a classé le protoxyde d’azote comme une substance toxique pour la reproduction, première étape vers une réglementation au niveau européen.
Bon à savoir
Plus d’informations sur Drogues info service, le service national d’aide à distance en matière de drogues et de dépendances de Santé publique France.
Téléphone : 0 800 23 13 13, 7 j/7, de 8 h à 2 h, appel anonyme et gratuit